La loi de causalité, des graines aux fruits.

Quand nous lançons un caillou en l’air, nous ne devons pas nous étonner qu’il nous retombe sur la tête. De même, lorsqu’on a commis un acte, quel qu’il soit, on ne peut que s’attendre à ce que, tôt ou tard, il produise un effet. Si l’on souhaite s’affranchir de la souffrance, il est donc logique qu’il faille accomplir certains actes, et en éviter d’autres. La loi de causalité des actes est le fondement même des enseignements du Bouddha, lui qui déclara :

Éviter le moindre acte nuisible,
Accomplir parfaitement le bien
Et maîtriser son esprit ;
Voilà l’enseignement du Bouddha.

Tous les phénomènes résultent du concours d’une infinité de causes et de conditions en perpétuel changement. Comme l’arc-en-ciel qui surgit quand le soleil brille sur un rideau de pluie et s’évanouit dès lors que disparaît l’un des facteurs contribuant à sa formation, les phénomènes ne surviennent que par interdépendance et sont donc dénués d’existence autonome et permanente.

Si les phénomènes se conditionnent mutuellement en un vaste processus dynamique et créateur, rien ne surgit, en revanche, de façon arbitraire, et la loi de causalité opère inéluctablement.

Le karma, qui désigne à la fois les actes et leurs effets, est un aspect particulier de cette loi de causalité. C’est lui qui détermine notre lot de bonheurs et de souffrances. Autrement dit, nous subissons les conséquences de nos comportements passés, de même que nous sommes les architectes de nos vies futures.

Dans cette optique, notre destinée ne dépend donc pas d’une puissance extérieure, une volonté divine par exemple. Elle est le fruit de nos actes. On ne récolte que ce que l’on a semé, et rien ni personne ne contraint un individu à renaître de telle ou telle façon, si ce n’est le pouvoir de ses actes.

Par « actes » on n’entend pas seulement les comportements physiques, mais également les paroles et les pensées qui, elles aussi, peuvent être bénéfiques, neutres ou nuisibles. Bien et mal ne sont pas des valeurs absolues. Une conduite est considérée comme « bonne » ou « mauvaise » en fonction de l’intention, altruiste ou malveillante, qui la sous-tend, ainsi que de ses conséquences : le bonheur ou le malheur pour soi et pour autrui. À chaque instant de notre vie, nous récoltons les conséquences de notre passé et façonnons notre futur par des pensées, des paroles et des actes nouveaux. Ces derniers sont comme des graines qui, une fois semées, produisent le fruit bénéfique ou nuisible qui leur correspond.

Vues sous cet angle, les souffrances dont nous ne sommes apparemment pas responsables – le mal que nous font les autres, les maladies ou les désastres naturels – ne sont dues ni à une volonté divine ni à une fatalité inéluctable, pas davantage qu’à un pur hasard. Ce sont comme des flèches que nous aurions tirées un jour en l’air, puis oubliées, et reviendraient sur nous. Cette vision des choses peut paraître déconcertante à un Occidental, surtout si on l’applique à un être innocent qui souffre, ou à un homme foncièrement bon dont la vie n’est qu’une perpétuelle tragédie. Il faut comprendre que, selon le bouddhisme, chaque être est le résultat d’un ensemble complexe de causes et de conditions, de bonnes et de mauvaises graines semés dans le passé, et c’est cette combinaison de facteurs multiples qui se manifeste, graduellement et chacune en son temps, au cours de nos vies. Le fait d’en prendre conscience permet d’adopter une attitude plus responsable. Elle nous évite, par exemple, de blâmer les autres pour ce qui nous arrive de déplaisant.

Ne pas se révolter contre ce qui nous échoit par la nature des choses ne signifie pas être fataliste. Nous avons toujours la possibilité de tirer le meilleur parti d’une situation défavorable, quelle qu’elle soit. À nous de décider ce que nous devons faire ou ne pas faire pour construire notre bonheur futur et ne plus engendrer des causes de souffrances.

Comprenant que les actes nuisibles conduisent à tous les maux qui nous affligent – nous-mêmes et autrui -, et que les actes bénéfiques engendrent le bonheur, libre à nous d’agir avec discernement. Comme on dit : « Tant que l’on garde sa main dans le feu, il est vain espérer échapper à la brûlure. » Pour conclure, nous ne récoltons ni « récompense » ni « punition » : ce qui nous arrive obéit simplement à la loi de causalité.

Matthieu Ricard,
Chemins Spirituels.

Cultivons notre jardin intérieur

En ce premier jour du printemps, nous devrions prendre le temps de penser à ce que nous pourrions cultiver en nous. A l’image d’un jardin, nous serions les jardiniers et nous sèmerions les graines du bonheur, de la joie de vivre, de l’amour, de l’amitié, du partage, de la sincérité, de la liberté d’être, de la paix ….

Pour semer les graines du bonheur et de la joie de vivre, nous pouvons renaître réellement à qui nous sommes, nous apprécier, nous dorloter, nous accorder du temps, apprécier la vie, la remercier, fusionner avec elle, nous faire plaisir, mais également faire plaisir aux autres. Car ce que nous semons, nous le récoltons. L’énergie renvoie la même énergie et déroule des accords similaires et de même nature.

Pour semer les graines de l’amour, nous pouvons nous aimer en nous le disant tous les matins devant la glace. Nous pouvons nous voir avec d’autres yeux, nous accepter en sachant que nous sommes des créatures divines venues expérimenter la matière. Nous pouvons également aimer la vie, aimer les autres et le leur dire, les entourer d’attentions et vivre avec le cœur tout ce que nous faisons dans la journée. L’énergie nous renverra l’énergie d’amour amplifiée, car tout ce que nous donnons nous revient amplifié.

Pour semer les graines de l’amitié et du partage, nous pouvons prendre notre téléphone et appeler nos connaissances, leur dire que nous pensons à eux, les inviter à voire un verre, leur accorder de l’attention… L’énergie renverra encore l’énergie de même fréquence et nous recevrons ainsi une amitié sincère de la part de nos amis, un partage de la vie. En constatant qu’ils sont les bienvenus dans vos pensées, ils vous enverront un partage amical.

Pour semer les graines de la sincérité, soyons sincères avec nous-mêmes pour pouvoir être sincères avec les autres. Ne nous cachons pas devant la réalité mais au contraire, recevons qui nous sommes et transmettons cette sincérité de soi aux autres. Ils la percevront et s’ouvriront ainsi à vous avec sincérité et honnêteté.

Pour semer les graines de la liberté d’être, soyons nous-mêmes, réellement, véritablement, sans retenue, sans peur. Soyons en accord avec notre lumière intérieure et épanouissons-nous dans cette liberté en rayonnant ce qui est en nous. Nous attirerons alors à nous les personnes qui sont en accord avec cette lumière et nous pourrons vivre des moments d’exception, des moments de véritable liberté, sans contrainte, sans jugement, sans obligation.

Pour semer les graines de la paix, ouvrons notre cœur à la paix. Laissons-la entrer en nous et restons sur sa fréquence pour évoluer dans notre vie. Nourrissons cette belle appartenance en la répandant autour de nous, en la donnant aux êtres qui nous entourent, en évoluant avec elle. Plus nous la répandrons, plus nous la recevrons dans notre vie.

Le monde a bien besoin de vivre dans l’amour et la lumière. Le printemps est une opportunité pour conscientiser la montée des énergies de la terre pour la faire nôtre en faisant notre semis à l’intérieur de nous pour récolter plus tard les fruits de notre travail intérieur. L’être qui évolue doit travailler en lui chaque jour pour grandir dans le monde qui l’entoure. Chaque jour est un jour nouveau et nous devons cultiver ce qui est en nous en l’arrosant, en le nourrissant, en l’inondant de lumière afin que les plantes grossissent pour donner enfin de beaux fruits colorés, juteux, sucrés et plein de soleil dont chacun se délectera.

Voilà une occasion à ne pas rater en ce premier jour du printemps ! Alors, qu’allez-vous semer aujourd’hui ?

Mirena, le 20 mars 2012.
Vous pouvez partager ce texte à condition de le faire dans son intégralité, y compris ces deux phrases, et en faisant référence au site : www.audeladesmots.org.